09 mars 2008
Que justice...
Aujourd'hui, Dimanche 9 mars, j'ai fait comme la plupart des Français (du moins je l'espère quand on connait mon attachement à la valeur République), je suis allée voter.
Ce qui se révèle être une sublissime étude comportementale humaine quand on habite une petite bourgade (de 6000 habitants quand même), mais quand on a le temps comme moi de trainasser chercher ses mômes après l'école, on en vient vite à cancanner autour de la cour de l'école...
Et quand les mômes se suivent depuis la crèche, on repère vite des têtes et on fini par être la star de la cour d'école, volant sans complexe la vedette à nos progénitures.( Bon d'accord, ça c'est vite dit, mais merde, quand on change de couleur de cheveu tous les quatre jeudis, on se fait vite repérer, hein?)
C'est donc un exercice somme toute assez drôle de constater au fur et à mesure des années qui vous dit bonjour, vous fait un signe de tête, ou bien vous ignore le plus naturellement du monde, et ce malgré le nombre de fois incalculable ou vous vous croisez par jour...
Et évidemment, tout ceci a trait à une histoire de quartier, si vous avez la chance d'habiter la partie Sud de la ville, les constructions à plus de 350 000€, vous êtes dignes de l'intérêt que l'on est prêt à vous porter.
Si vous n'avez malheureusement que la partie nord à votre actif, ainsi qu'une modeste maison à 250 000€, la tête ne se penche même pas pour s'incliner devant votre auguste personne.
Et si vous héritez du logement HLM, vous êtes une sous-merde...
SAUF aujourd'hui dimanche 9 mars, et les quelques jours qui le précèdent...
Pourquoi?
Et bien parce que certains se sentent investi de la mission suprême de changer la ville, de la faire évoluer à leur sauce bobo, bref de s'investir coûte que coûte dans la vie politique de la commune...
Et ils se mettent donc en quête de collaborateurs pour monter leur liste, et assurent même pouvoir être proche de leur électorat, faisant leur possible pour mettre leurs oreilles attentives au service de la population locale, écoutant, dispendant leur bonne idées, portant les projets à bout de bras... (Bon, OK, je sais, je rêve là...)
L'idée est louable, je vous l'accorde, et l'initiative heureuse, mais quand on a comme moi un fond trèèèèès à gauche et que la première conversation a lieu au retour du judo le samedi 8 mars 2008, activité lancée depuis le mois de septembre 2007, et que le seul mot qui vient ponctuer ces 6 mois de proximité dans le vestiaire ou l'on change tous ensemble nos gamins et ces 5 années de chassé-croisé dans les couloirs de l'école est "Votez pour moi", j'avoue que ma rose est à deux doigts de passer de mon bouquet à leur tronche...
Me voici, comme tous les extra-terrestres de la ville (parce que je suis tout de même une extra-terrestre pour eux, ici, hein, des talons de 10 cm dans un bled peu enclin au effort modesque, c'est faire partie d'une autre planète. les thunes, ça se planquent dans les maisons ici, pas dans les fringues...), devenue VIP.
Ch'uis trop vi aï pi!!!
Et évidemment, la hauteur de ma réaction est à la hauteur de leur attitude...
-Bonjour! vous connaissez notre liste? C'est important de faire bouger la commune, blabla, blabla...
-Oui, heu... ben là tout de suite, je suis pressée, hein?
-Mais vous savez quel est le programme que nous avons mis en place?
-Ben oui, j'ai vu, comme tout le monde je sais lire...
-Et qu'est ce que vous en pensez?
-J'en pense que le rôle d'un maire est d'être proche de ses élus...
-Ah! ca, c'est une évidence. Sur mon programme, j'en ai fait une entité à part entière, une ligne directive.
court moment de silence
-Et bien commencez donc par dire bonjour, voyons... dans l'ordre : à moi quand je vous croise au judo, à ma nourrice qui habite à 2 pas de chez vous et que vous daignez à peine regardez parce qu'elle habite un logement HLM, à mon amie dont le gamin est dans la même classe que vous. Oui, oui, le petit brun, là Estéban, sur lequel votre fils a craché et qui ne s'est pas excusé...
gros blanc...dernière couche avant disparition de la furie
-Veuillez m'excusez, il y a un tas de rebus qui m'attendent et avec qui j'ai plaisir à discuter.
Ca, c'est fait. Je peux retourner vaquer à mes activités de plus du tout VIP, du moins sur une partie de la commune...
21 février 2008
Born to be alive
Je ne m'appelle pas Aphrodite par hasard...
J'ai ce nom bien prétentieux, celui qui m'a donné toute ma dimension en ce monde qui m'a procuré mon statut d'Humain sur cette terre.
Je ne suis pas la Déesse de l'Amour à la beauté universelle du temps où les Dieux régnaient encore, mieux que ne le feront jamais nos Dieux Economie, Profit et Argent...
Je ne suis pas celle-là, non, pas exactement, mais je suis un hymne à l'amour, un grand cri du coeur dans un monde pas du tout prêt à m'accueillir, mais dans lequel je me suis imposée, avec la soif d'exister, portée par la volonté de deux êtres de croire que les Dieux n'avait pas à se mêler des histoires des Hommes...
Et chez les Dieux, ce qui ne convient pas se paye cher...
Mise à l'abri des regards accusateurs et protégée dans une bulle qui effaçait toute trace de mon existence, c'est en spectateur que j'ai assisté aux Foudres s'abattant sur le Petit Bout du monde d'où je viens...
J'ai vu les hommes se déchirer entre eux, s'enorgueillir de victoire les uns sur les autres, venir de différentes cultures et ne pas accepter celle des autres, vouloir imposer la leur à d'autres qui ne comprenaient pas leur code...
J'ai assisté sans voix à une purge ethnique, comme on en voit encore et comme jamais nos enfants ne devraient être les témoins, dans mon canapé à 1000€, devant ma télévision à 1000€, mon frigo rempli de denrées, moi et les miens bien au chaud. Ma seule arme à moi, c'était les larmes...
Je n'entendais rien aux enjeux de ce Petit Bout du monde, mais j'ai eu en moi cette haine irréfléchie des Serbes, qui fait abstraction de toute forme de raisonnement, de relativisme, moi, qui suis par ailleurs si ouverte et tolérante à la différence, qui n'ai jamais ressenti une once de racisme où d'anti-quoi-que-ce-soit de sérieux, je me retrouvais bouillante de rage, prête à décrocher les Armes pour repousser l'ennemi, brandissant le flambeau d'un pays qui n'existe pas devant un adversaire qui domine depuis des milliers d'années.
J'aurais voulu ouvrir ma maison et appeler cette nation forte et orgeuilleuse à venir se reposer chez moi, au calme, à l'abri des tirs, des bombes et des viols, qu'ils se reposent sur moi et qu'Arès se débrouille pour mener à bien sa mission tout seul. La guerre c'est son domaine, pas le nôtre...
Mais c'était faire fi des ambitions et des attaches de ce peuple si prompt à affronter la douleur pour qu'on lui rende son territoire, ses terres, ses valeurs...
J'ai versé tant de larmes, mais je n'ai rien fait. Je suis restée là, impuissante, cachant ces larmes que personne ici ne pouvaient comprendre, devant ce peuple dont le sang coule dans mes veines et qui coulait maintenant à terre, inondant le pays tout entier...
J'ai perdu en rêve des milliers de fois un proche, une mère, un père, une grand-mère, un frère, un oncle... J'ai souffert de voir mon peuple martyrisé, souffrir mille et une torture sans comprendre un traître mot de ce qu'ils disaient, mais l'essence même de leur force n'avait pas besoin de traducteur pour arriver jusqu'à moi...
J'ai mené en rêve cent batailles, et j'aurais voulu qu'il en soit ainsi, que ce ne soit qu'un mauvais rêve...
Aujourd'hui, je me fiche éperdument de savoir si économiquement ils s'en sortiront, si politiquement, une si jeune nation aura les épaules assez solide pour insuffler un air démocratique, si les conflits d'intérêts sauront être réglés autrement qu'en faisant appel aux Grandes Puissances de ce monde... Le Kosovo est toujours debout, toisant la Serbie de son air d'indépendance...
Aujourd'hui, je peux surtout dire que je suis née non pas en Yougoslavie, ni en ex-Yougoslavie, ni en Albanie, encore moins en Serbie, mais au Kosovo, un pays qui existe... Et j'en suis fière...


